PLAIDOYER
CONTRECOUPS DE LA COVID 19
La filière Niébé pour un appui plus conséquent
Les ravages de la maladie à coronavirus n’ont pas épargné la filière Niébé qui survit difficilement, selon l’opérateur semencier, Cheikh Diop. Qui appelle ses collègues à soutenir ledit secteur qui a besoin d’une réorganisation et une meilleur prise en compte dans le système agricole
Le parent pauvre de l’agriculture au Sénégal ! Contrairement à l’arachide dont la commercialisation est assujettie à une réglementation et une fixation du prix au producteur par l’Etat, la situation est toute autre pour la filière Niébé où tout repose sur le libre échange entre producteurs et opérateurs privés.
Et les marchés hebdomadaires constituent souvent les lieux d’échanges commerciaux et de vente. D’où le besoin d’aide et d’encadrement. «Nous assistons les producteurs du début, avec la distribution des semences, jusqu’à la fin de la récolte pour l’écoulement de leurs produits et notre Etablissement se porte volontaire pour acheter toute la production. Et notre interlocuteur de lancer un appel en direction des opérateurs privés: « Nous lançons un appel à nos collègues opérateurs pour en faire autant ou plus »
Car pour lui: « Le producteur vit et ressent les contrecoups de la pandémie. Ils éprouvent d’énormes difficultés. Les semences coûtent cher. Imaginez un producteur qui doit semer un hectare de Niébé ! Il va avoir besoin de 16 kg. Ce qui revient à 16 mille francs Cfa. S’il veut semer de l’arachide, un ha d’arachide est égal à 100 kg d’arachide. Ce qui revient à la somme de 100 mille francs Cfa. Au total, vous mobilisez la somme de 116 mille francs Cfa si vous voulez combiner à la culture du Niébé et de l’arachide», a indiqué l’opérateur semencier.
« Nous apportons une réponse pratique à la demande de l’Etat du Sénégal en faveur du monde rural »
L’exploitant ne manque pas de surligner les effets dévastateurs de la Covid-19 sur la filière Niébé. «Les producteurs souffrent. C’est la raison pour laquelle, nous faisons de notre mieux pour aider davantage les producteurs qui sont presque dépourvus de moyens. Nous apportons là une réponse pratique à la demande de l’Etat du Sénégal en faveur du Monde rural. Nous avons même passé un protocole de vente avec eux pour qu’à la fin de leurs récoltes, ils puissent écouler leurs produits», a expliqué Cheikh Diop sur la filière Niébé, deuxième légumineuse après l’arachide, présent dans le système de culture traditionnelle au Sénégal.
Cultivé surtout dans les zones Nord et Centre-Nord, le niébé constitue parfois la principale ressource vivrière des populations, selon l’Institut sénégalais de recherches agricoles (Isra). Ce qui pousse l’opérateur Cheikh Diop à plaider pour «Le consommer local».
«Les Universités du Sénégal doivent s’organiser pour que les étudiants mangent le Niébé que nous produisons. C’est de la protéine qui est bonne pour l’organisme. Si vous allez dans les écoles primaires ou dans les collèges, les gens en mangent. Pourquoi pas à l’université de Dakar et les autres universités du pays? Donc, si on s’organise, on peut consommer local. Si vous allez dans la sous-région en Gambie notamment, c’est la base de l’alimentation, le Mali idem. Cette année, nous avons revendu plusieurs tonnes qui étaient en stock au Mali, à la Gambie, à la Guinéen Conakry», a encore expliqué Cheikh Diop.
En bon avocat de ses pairs, l’exploitant demande aussi aux maires des communes de donner des terres à ceux qui en ont besoin. «Il y a suffisamment de terres inexploitées. Et il faut en donner aux paysans qui en expriment le besoin. C’est à l’Etat d’intervenir et d’enjoindre aux maires de donner la terre à ceux qui la souhaitent, pas pour une spéculation, mais pour une exploitation», fait-il remarquer.
De l’avis de cet exploitant de Niébé, le fait de libérer ces terres va booster davantage la production qui tourne actuellement autour de 169 mille tonnes annuelles. «Si on libère les terres, la production pourrait atteindre plus de 2 millions de tonnes», affirme-t-il.